46 façons de mourir / -33


 

-33 La comtesse

La comtesse avançait d’un pas lent et serein,
Suivie à quelques pas d’un valet et d’un chien.
Son éventail battait, repoussant une mouche,
Qui cherchait sur son front une douillette couche.

Quand la Dame me vit à un tronc adossé,
M’apprêtant à faire front, guettant son arrivée,
Elle redressa la tête et me fit un sourire
Qui laissait présager – à tout le moins – le pire.

Puis d’un geste du bras congédia le servant
Qui se courba l’échine en murmurant un mot
De soumission servile. Et emmena le chiot.
De la confrontation approchait le moment.

« Vous voilà donc, Monsieur. Vous êtes bien pressé
De vous livrer sur moi à vos vils essais ! »
Son ton était acerbe, et son œil enflammé
Montrait le mépris dans lequel elle me tenait.

« Madame, je ne suis que votre humble servant,
Et ne mérite point votre charmant courroux !
Laissez-moi m’expliquer, vous verrez bien qu’au bout
L’affaire se conclura par un arrangement. »

La comtesse me fixa d’un œil où la fureur
Semblait le disputer à la curiosité.
Mon message était bref : « Retrouvez-moi sur l’heure,
Ou vous risqueriez fort d’avoir à regretter
De ne point profiter de pareille occasion
Pour dissiper rumeurs et autres médisances
Car vous savez, Madame, à quel point en France
Le beau sexe se doit d’éviter les passions… »

Comprenant le chantage qu’à demi j’exerçais
Elle craignait de devoir subir la colère
Tant de son noble époux que de son puissant père
Mais elle ne savait point ce qu’au juste j’avais
Comme preuve, argument, voire témoin gênant
Qui pourrait de sa vie l’équilibre briser
En livrant au public, qui en est si friand
Des révélations sur ses amours passés

Je dis révélations, je devrais dire ragots
Mais qu’importe la véracité de ces mots
Il suffit d’un témoin qui paraisse crédible
Pour que du déshonneur elle devienne la cible

Je lui confiais cela. Tandis qu’elle écoutait
Son regard soudain se fit curieux, amusé.
Avec facilité, voire même avec envie
Elle céda soudainement : sur l’heure je pris
Ce que je n’avais point dans mes rêves secrets
Rêvé d’obtenir sans avoir à la briser.

Elle céda, là, sur l’heure, et sembla y trouver
Un plaisir étonnant, que je n’eus point gagé.
Dans ce pré, sous un arbre, je connu la comtesse
De la bouche aux pieds et des seins jusqu’aux fesses

Mais si elle me quitta, gratifié d’un sourire
Là où je n’attendais que cris, pleurs et soupirs
C’était pour un répit d’une semaine à peine
Le temps pour le plaisir de céder à la haine.

J’avais cru profiter d’une femme imprudente
Abusant d’un écart et non d’un vrai péché.
Mais quand je découvris de mon vit s’écouler
Quelques jours plus tard une humeur purulente,
Je compris sa vengeance. Je me sais condamné.
Elle avait la vérole et elle me l’a donnée !