46 façons de mourir / -15

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-15 Cancérophilie

Arthur Wahl s’est traîné plus qu’il n’a marché vers la porte. Le Docteur Herbert présentait l’image quasi-caricaturale du médecin, avec sa blouse blanche et ses lunettes aux montures métalliques. Il a patiemment attendu que Wahl atteigne puis passe la porte, et l’a suivi dans le cabinet de consultation. D’un geste de la main, le médecin lui a indiqué un fauteuil d’apparence confortable tandis qu’il allait lui-même s’installer dans un fauteuil en tous points semblable, derrière le bureau.
— Alors dites-moi, comment ça va ? Racontez-moi…
— Comment ça va ? Vous en avez de bonnes, vous ! Je crève. Je me fait bouffer vivant par un maudit cancer. C’est comme ça que ça va. Ou plutôt que ça ne va pas.
— Oui, je m’en doute. Puisque vous êtes ici…
— c’est que je suis foutu ? C’est ça, hein ?

Le médecin ne répondit pas, se contentant de le regarder d’un air impénétrable. « Il doit s’y entraîner entre les patients » se dit Wahl, tandis que des sentiments confus l’agitaient. La fatigue, bien sur, omniprésente depuis de si long mois maintenant. La colère et la rancœur qu’il ne pouvait complètement refouler à l’égard des membres du corps médical, comme s’il les rendait responsable de son état – et pour sûr qu’ils en étaient responsables ! Ne serait-ce que d’être incapable de le guérir. Il ressentait également la peur, qui – perchée sur son épaule – lui murmurait que, cette fois encore, ça ne marcherait pas, et que l’échéance finale approchait toujours de lui comme un pot de fleur qui tombe à toute allure d’un balcon. Silencieux et rapide. Et mortel. D’autant qu’il avait le regard vissé dessus, et qu’il avait maintenant l’impression que cet objet, dont il ne parviendrait pas à éviter la trajectoire fatale, avait plutôt la taille d’un piano à queue que celle d’un pot de fleur. Alors la peur, bien évidemment…

Et puis la honte. Une honte aux multiples origines. La honte du malade face à ces maudits bien-portants. La honte de ses incapacités physiques. La honte de ces gémissements de douleur qu’il ne parvenait pas toujours à étouffer. La honte de devoir se soumettre à des traitements dégradants, aux effets secondaires encore plus dégradants. Ah, le rituel du vomissement matinal, quelle poésie, quel exemple, quelle image il donnait de lui…

Et enfin, la honte d’être ici. Chez ce médecin. Une honte incertaine, comme au deuxième degré. Une honte qui devait être le reflet de celle qu’éprouvait visiblement le dernier spécialiste. Celui qui, en rendant les armes et en avouant son impuissance lui avait, du bout des lèvres, donné les coordonnées du Docteur Herbert. Et refusé d’en dire plus, hormis qu’il était « probablement votre meilleure chance. » Avec un curieux effet de prononciation qui avait fait que Wahl avait crû entendre : « votre dernière chance. » Oh, bien sûr, il avait essayé d’en savoir plus sur ce médecin, sa réputation, ses pratiques. Il avait fureté un peu partout, questionnant et sondant : soit ses interlocuteurs semblaient ne pas le connaître, soit ils se refusaient à en parler. Même Lepelletier, son ancien camarade de classe devenu un gynécologue réputé, avait fait l’ignorant. Résisté à ses pressions. Pour finir par lâcher :
— C’est un excellent médecin. Pour ce que j’en sais. Mais…
— Mais quoi ?
— Rien…
Fin des confidences. Il avait eu beau user de tous les moyens dont il disposait, ni les supplications ni les menaces n’avaient réussi à tirer un mot de plus de Lepelletier. Jusqu’au Who’s who qui – s’il faisait bien figurer le Docteur Herbert dans les sommités de l’oncologie, le décrivant comme un chercheur émérite autant que comme un praticien hors pair – semblait ne disposer d’aucune information qui n’ait pas au moins dix ans d’âge. Avouez qu’il y avait de quoi se poser des questions…

Le silence commençait à devenir pesant, et c’est Herbert qui le rompit.
— Listez-moi donc rapidement votre parcours médical, sans détailler.
— Rapidement ? Eh bien… Examens de routine il y a… presque deux ans maintenant. Découverte de la première tumeur, première opération un mois plus tard, suivi d’un mois de chimiothérapie. Re-examens, et re-opération. Seconde chimiothérapie, avec d’autres molécules mais toujours aussi immonde à vivre. Six mois de calme relatif. Examens, retour des mauvaises nouvelles et cette fois on a tenté la radiothérapie. Une pause de cinq mois à m’écouter repousser les cheveux, et puis… Enfin, toujours la même merde, quoi. Excusez-moi, je ne suis pas d’un naturel grossier mais…
— Ne vous inquiétez pas, je comprends. Dites, rappelez-moi donc qui vous a référé à moi. Ce doit être noté quelque part, mais je ne me rappelle plus…
— Oh, pas de problème, docteur. C’est votre confrère, le docteur Norton. L’homme au bistouri radioactif et à la Mercedes décapotable.
— Ah… Oui, je vois. Que vous a-t-il dit, exactement ?
— Lui ? Pas grand chose, c’est sûr. Aussi disert qu’un confesseur qui indique la direction du bordel à un séminariste. Du genre : « je ne vous ai rien dit », vous voyez ?
— Hmm. Évidemment. Je sais que… certains de mes confrères ont un peu de mal à accepter mes… pratiques. Mais tant qu’ils s’inclinent devant leur efficacité et m’envoient leurs patients avant qu’il ne soit trop tard, peu m’importe. Donc vous ne savez rien de moi ?
— C’est… À peu près ça, oui. Euh… Si ça vous intéresse de le savoir, j’ai aussi consulté du monde en dehors de votre milieu.
— Vous voulez dire des rebouteux, guérisseurs, médiums, ce genre-là ?
— Oui, ce genre-là et plusieurs autres aussi. Quand on a besoin…
— Ne vous justifiez pas. Je n’ai rien contre ça. Et ce genre de… praticien a parfois un effet psychologique des plus appréciable sur les malades. Même si l’effet sur le cancer lui-même – sur le cancer physique – est inexistant ou imperceptible. Voyez, je ne suis pas sectaire. Ce serait un comble, d’ailleurs.
— Et pourquoi ?
— Monsieur Wahl, vous avez vu l’attitude de Norton ? Qui pourtant vous a référé à moi. Dites-vous bien que certains ne se privent pas d’avoir un comportement – et un discours – beaucoup moins honnête et tolérant à mon égard. Même si cela revient à condamner leurs patients à mort !
Wahl ne put s’empêcher de réagir vivement à la dernière phrase :
— Vous paraissez bien sûr de vous ! Si on ne vient pas vous voir, on est condamné ? Et sauvé dans le cas contraire ? Herbert, le docteur auquel aucun cancer ne résiste, c’est ça ? Parce que des spécialistes sûr d’eux et imbus de leur science, je peux vous dire que j’en ai ma claque ! Ils me l’ont tous fait, le coup du « rien ne me résiste. » Sauf qu’au moment où ça devait s’arranger et où en fait ça s’aggravait, il n’y avait plus personne. Répondeur téléphonique ou secrétaire qui vous assure qu’on vous rappellera, c’est tout ce à quoi vous avez droit de la part de ces… ces…
Herbert le considéra sans répondre, reprenant instantanément son air de sphinx. Quand Wahl s’essouffla sur sa fureur et finit par cesser ses invectives, le visage d’Herbert se fendit imperceptiblement d’un sourire froid.
— Non, Monsieur Wahl. Je n’aurai pas cette prétention. D’ailleurs, pour être tout à fait franc avec vous, depuis plus de dix ans je n’ai guéri aucun cancer. Ni le mien, ni celui d’aucun de mes patients.
— Le.. Le vôtre ? Aucun de vos… Mais… Qu’est-ce que c’est que cette histoire ??? Vous vous moquez de moi ! Vous vous moquez tous de moi !
Wahl commençait à se lever, crachant à nouveau sa bile et sa fureur. Herbert eut un geste apaisant.
— Rasseyez-vous, Monsieur Wahl. Et veuillez me pardonner de me montrer un peu brutal. Mais ce que j’ai à vous dire va suffisamment vous secouer, et je préfère mettre immédiatement les choses au point avec franchise.
— Mais vous dites que…
— Je vous ai dis que je n’ai guéri aucun cancer. Pas que mes patients sont morts ! Pas plus que moi-même, semble-t-il…

Wahl était perdu. Sa « dernière chance » lui annonçait… Quoi exactement ? Une rémission ? Un soulagement ? Il se rendait soudain compte qu’il avait mis des espoirs déraisonnables dans ce rendez-vous, renforcés par l’étrange réputation d’Herbert. Mais la dernière déclaration de ce dernier lui faisait complètement perdre pied. Que croire ?
— Alors quoi ? Si ce n’est pas une guérison…
— Ce n’est pas une rémission non plus. Ce dont je vais vous parler, c’est de symbiose.
— De… symbiose ???
— Absolument. Vous connaissez la signification de ce terme ?
— Bien sûr ! Mais quel est le rapport avec mon cancer ?
— Je vais vous l’expliquer. Voyez-vous, il y a un peu plus de dix ans, je travaillais sur plusieurs pistes prometteuses en matière d’inhibiteur synaptique et… Oui ?
Wahl avait levé la main d’un air las.
— S’il vous plait, docteur Herbert. Ça fait deux ans que j’ai régulièrement droit à des discours incompréhensibles de médecins qui essayent de m’expliquer que leur désoxyribomachinchose va me rendre ma vie. Avec le succès que vous savez. Alors je ne sais pas si vous avez vraiment quelque chose de différent et d’efficace à me proposer, mais si vous pouvez faire l’effort de me parler de manière compréhensible, ça m’éviterait au moins de mourir d’ennui avant la fin des explications !
— Euh oui, vous avez raison. C’est vrai que nous autres, scientifiques, avons tendance à jargonner… Bon, je vous passe les détails, disons que j’étais naturellement passionné par ce domaine. Et quand j’ai appris qu’à mon tour j’étais atteint d’un cancer, ça m’a… puissamment motivé.
— Je n’ai pas de mal à vous croire. Quel genre, si vous me permettez ?
— Genre ? De cancer ?
— Oui.
— Eh bien, c’est amusant que vous me posiez la question, parce que c’est le même que le vôtre.
— Le même que… Mais je pensais qu’il était incurable, qu’on ne pouvait tout au plus que prolonger la survie…
— C’était vrai. Au diagnostic, un an d’espérance de vie en moyenne. Deux avec beaucoup de chance.
— Vous venez de dire « c’était vrai. » Vous avez donc trouvé un traitement ? Vous avez guéri ?
La voix de Wahl laissait transparaître une excitation croissante. Guéri !!! Mais Herbert ne le laissa pas aller plus loin.
— Vous ne m’avez pas bien compris, Monsieur Wahl. Je vous ai dit – je vous redis – que je n’ai guéri personne, pas même moi, depuis plus de dix ans. Je n’ai pas de cure à vous proposer.
Les yeux exorbités, la bouche ouverte, Wahl ressemblait à un poisson sorti de l’eau. Le yo-yo émotionnel auquel il était soumis était tout simplement trop fort pour lui. Il fixait Herbert, haletant, ne sachant plus quoi penser.
— Je n’ai pas de cure pour vous, reprit le médecin. J’ai… autre chose.
Après un temps supplémentaire sans réaction perceptible à ces dernières paroles, Wahl souffla d’une voix mourante :
— Pitié, docteur ! Je ne sais pas à quel jeu vous jouez, mais finissons-en vite. Je ne… je ne supporte plus tout ça.
Herbert le considéra un instant sans aménité. Puis il prit une profonde inspiration, comme pour se jeter à l’eau.
— Monsieur Wahl, ce que j’ai à vous proposer est bien réel. Je ne joue pas avec vous, soyez-en certain. Sachez cependant qu’une fois que je vous l’aurai expliqué, vous n’allez peut-être pas accepter mon… traitement.
— Vous rêvez en couleur ou quoi ??? Je suis au bord de mourir et vous pensez que je vais refuser la moindre chance ? Merde ! Je suis prêt à tenter n’importe quoi – N’IMPORTE QUOI ! – au point où j’en suis. Je vous l’ai dit, j’ai déjà tenté n’importe quoi. Alors de grâce, cessez de jouer avec mes nerfs et dites-moi de quoi il retourne ! Et si je n’accepte pas de me faire traiter, eh bien… c’est que j’aurai mérité de mourir ! Franchement…
— Franchement, je pense que vous devriez attendre un peu avant de dire ça.
— Pourquoi donc ? Parce que votre traitement peut être pire que les douleurs que je ressens ? Pire que les nausées, les vomissements, les fièvres ? Et puis même. Je ne veux pas mourir, docteur. À aucun prix.
— Parfait ! La volonté de vivre est fondamentale pour arriver à quoi que ce soit. Cependant…
— DOCTEUR !
— Comme vous voudrez.

À nouveau un long silence les sépara. Herbert attendait visiblement que les paroles échangées fassent leur effet dans l’esprit de Wahl. De fait, une fois l’excitation et l’emportement dissipés, les premières paroles d’Herbert sur son traitement lui revinrent en mémoire.
— Vous avez dit « pas une cure ? »
— Et je le redis. Je ne SAIS PAS guérir le cancer. Pas plus que qui que ce soit, d’ailleurs.
— Oui, je sais, tous les médecins disent cela. Tous les médecins honnêtes, en tout cas. Mais une rémission de dix ans…
— Ce n’est pas non plus une rémission. Je vous ai parlé de…
— je sais, je sais. De symbiose. Mais ne jouez pas sur… Hé, attendez un peu… Une symbiose ? Entre quoi et quoi ?
— Ça y est, vous êtes sur la bonne voie. Le bon raisonnement.
Une fois de plus, un interminable temps mort s’installa. Wahl occupé à tenter de suivre les hypothèses folles qui se bousculaient dans son crâne, tandis qu’Herbert l’observait en silence.
— Vous pouvez me parler clairement, docteur ?
— Certainement. Mais je préférais… Disons que je voulais que vous soyez plus réceptif, que l’idée fasse seule son chemin dans votre esprit.

Herbert marqua un temps. Puis se lança.
— Le traitement que j’ai mis au point n’en est pas un au sens où il ne « traite » rien. Pas plus qu’il ne guérit. Il tente – et réussit, pourvu que vous acceptiez de le suivre – de vous permettre de vivre en symbiose avec votre maladie. D’une certaine façon, je pourrais dire que je guéris mes patients, vu que leur maladie n’en est plus une. Mais ce serait jouer sur les mots. Je n’élimine rien. J’ai un cancer, vous avez un cancer. La différence c’est que je vis très bien avec le mien, alors que vous êtes en train de mourir du vôtre.
Wahl roulait des yeux éperdus, balancé qu’il était entre colère, espoir et déception, le tout inextricablement mêlé par le discours d’Herbert.
— Vous… vivez très bien avec votre cancer ?
— Parfaitement bien. Bien entendu, il y a des inconvénients, des contraintes, mais dans l’ensemble je m’estime en bien meilleure forme qu’il y a dix ans. Probablement même qu’il y a quinze ans.
— Alors pourquoi attendre ? Pourquoi jouer avec moi…
La voix de Wahl se faisait suppliante. Il se doutait qu’il lui manquait encore un élément. Et commençait à redouter de l’entendre.
— Je ne joue pas avec vous, Monsieur Wahl. Croyez-moi. Mais si ce traitement est efficace, si vous m’entendez vous parler en ce moment, cela n’a pas été – cela n’est pas – sans inconvénient.
— Des effets secondaires ? Vous savez, après les chimio et la radiothérapie que j’ai subies, les effets secondaires gênants, je crois que je suis prêt à tous les accepter.
— Bien. Nous allons voir. Voyez-vous, le cancer est une maladie particulière. Il ne s’agit pas d’une agression externe, comme une maladie virale ou bactérienne. Ce n’est pas un organisme parasite qui vient vous combattre de l’intérieur. C’est votre propre organisme qui mute et se combat lui-même.
— Je sais tout ça, docteur. Au fait, s’il vous plait !
— Pardon. Eh bien, pour faire simple et bref, le traitement que j’ai mis au point consiste à modifier aussi bien l’organisme malade que sa partie saine. Pas pour éliminer l’un au bénéfice de l’autre. Mais pour leur permettre de vivre en symbiose, comme je vous l’ai déjà mentionné.
— Je ne comprend pas…
— C’est là que le jargon scientifique est utile, mais… Considérez le cancer comme un organisme distinct du vôtre, même s’il est composé de vos cellules. Et imaginez que je sais comment… le rendre intelligent.
— INTELLIGENT !?
— Oh, c’est une façon de parler. Excessive, certes. Mais c’est sans doute la plus proche de la réalité. Un parasite qui vous envahit au risque de votre vie… et de la sienne. Alors je change sa structure génétique et je le rends assez intelligent pour qu’il se rende compte que s’il veut vivre, vous le devez aussi. Vous êtes… passager du même véhicule, et si vous vous relayez pour le conduire prudemment, la route continuera à se dérouler sans soucis.

Wahl était abasourdi par ce qu’il venait d’entendre. Rendre intelligent un paquet de cellule qui, certes, sont appelées « malignes » mais ne sont que… Il ne savait plus quoi penser. Soudain, une connexion se fit dans son esprit.
— Vous avez dit : « vous relayer pour conduire » ?
— Oui. Façon de parler bien sûr.
— Ça veut dire… Ça veut dire que le cancer… prend parfois le volant ?
— Vous y êtes. Et c’est justement la raison pour laquelle certains patients refusent mon offre. La raison pour laquelle ceux que je traite restent silencieux sur le sujet au lieu d’aller hurler leur « guérison » sur tous les toits. La raison pour laquelle mes confrères sont si gênés à mon égard, même ceux qui ont suffisamment d’honnêteté intellectuelle pour m’envoyer leurs patients condamnés.
— Ça veut dire quoi, exactement, quand… quand il « prend le volant » ?
— À ce stade, je pense qu’une démonstration sera plus efficace qu’un discours. D’accord ?
— Euh… OK…

Le docteur Herbert se leva, fit le tour du bureau et se planta devant Wahl. Il déboutonna sa blouse banche, puis sa chemise, et les ôta toutes les deux. Puis il fit un lent tour complet sur lui-même. Une excroissance naissait sur son ventre, juste au-dessus du nombril. Elle devenait bourrelet en faisant le tour de sa taille et grossissait encore en remontant en travers de son dos, ressemblant curieusement à un bras supplémentaire au biceps gonflé replié et collé sur sa colonne vertébrale. Mais un bras à l’extrémité duquel une boule couverte de poils noirs tenait lieu de main. Wahl eut un mouvement de recul, un début de nausée. Indifférent à la réaction de Wahl, le docteur Herbert finit son tour sur lui-même et ajouta :
— Évidemment, rien n’est simple. Quand je parle de symbiose et d’intelligence, tout ne se fait pas seul, loin de là. C’est même un combat de tous les instants pour être celui des deux qui garde le contrôle. Il semble aussi que l’intelligence aille de pair avec la curiosité. L’envie de faire des essais, d’imiter… Mais ne vous inquiétez pas, tout ça s’apprend, se maîtrise. Je vous apprendrai.

Arthur Wahl était persuadé en entrant dans le cabinet du Docteur Herbert qu’il voulait vivre à tout prix.

À tout prix, vraiment ?

Quand l’excroissance de chair poilue se déplaça légèrement, apparut sur l’épaule d’Herbert et ouvrit un œil noir qui fixa Wahl sans ciller, ce dernier se demanda s’il était prêt à payer ce genre de prix. D’autant que le regard de la… « chose » était tout sauf amical…

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